Creuser sous Bordeaux, c'est possible !

Mis à jour : 25 nov. 2018

C'est l'un des principaux arguments opposés à la construction d'un métro à Bordeaux : le sous-sol. Et pourtant, cette légende urbaine héritée du premier projet de métro de 1986 doit être démentie. Mise au point.

Tunnel d'assainissement sous Bordeaux

On creuse déjà sous Bordeaux !

Creuser sous Bordeaux est bien possible. D'ailleurs, la ville est déjà parcourue par plusieurs ouvrages souterrains : chapelets de parkings sur plusieurs niveaux, de collecteurs d'eau, et surtout tunnels d'assainissement. Pour la réalisation de tous ces ouvrages aucun gros sinistre n'a été constaté. La Métropole vient même de lancer un nouveau projet de tunnel d'assainissement, qui sera réalisé par un tunnelier pour relier Brazza à la station Louis Fargue. Enfin les principaux opposants au projet de métro de 1986 avançaient eux aussi l'idée d'un court passage en souterrain du tramway.

Proposition de réseau de tramway par Trans'Cub dans les années 90

Ne pas reproduire les erreurs de 1986

Le tracé proposé aujourd'hui s'appuie sur le réseau viaire (voies de circulation) pour contourner les difficultés du sous-sol auxquelles le projet de 1986 n'avait pas trouvé de solution. En effet il existe des sous-sols bien plus favorables au percement d'infrastructures que le sous-sol bordelais. Celui-ci est formé de deux domaines : le domaine alluvial, dominé par les argiles molles, et le domaine karstique, particulièrement hétérogène. Le sous-sol bordelais est également irrigué par trois rivières souterraines, la Devèze, le Peugue et le Caudéran.


Projet de métro dans les années 1990

D'ailleurs, à cause des caractéristiques du sous-sol, la ville historique a été construite sur des pieux s'enfonçant parfois très profondément. Le sous-sol bordelais ressemble ainsi à une vaste forêt souterraine. Creuser sous les bâtiments revient alors à prendre le risque de heurter l'un de ces pieux, de menacer la stabilité des bâtiments et la sécurité de ses occupants. Le projet de métro de 1986, pour diminuer ce risque, prévoyait de creuser très profondément au moyen d'un tunnelier. La station Saint-Projet était la plus profonde des stations envisagées, à -25m.


Creuser sous la voirie

pour préserver les bâtiments

Il ne serait pas sérieux d'affirmer que le creusement d'un métro à Bordeaux ne présente aucun risque. Il faut donc maîtriser ce risque. Les opposants au projet de métro de 1986 posaient une question pertinente devant les désordres constatés sur certains chantiers souterrains : "Que serait-il arrivé si l'on était passé sous des immeubles ?" Une des meilleures façons de répondre est d'éviter de percer le tunnel du métro sous des bâtiments. Il faut préférer concentrer les travaux sous la voirie. Il n'y aurait alors aucun risque de heurter un pieu et les seuls incidents susceptibles de se produire n'affecteraient pas les bâtiments alentour. Des mesures de précaution devraient bien sûr être prises pour limiter l'utilisation de la voirie et garantir la sécurité des usagers.

... concentrer les travaux sous la voirie. Il n'y aurait alors aucun risque de heurter un pieu.

À Bordeaux, entre 1988 et 1991, la réalisation par tunnelier d'ouvrages souterrains de lutte contre les inondations a causé quelques incidents, sans gravité. Belphégor, Bouscator et Burdiphégor, les tunneliers utilisés, ont ainsi été associés à de rares fontis sur les boulevards, moins liés à la nature du sous-sol qu'aux caractéristiques des travaux entrepris. Depuis cette expérience bordelaise, les techniques de creusement au tunnelier se sont considérablement améliorées.


La tranchée couverte, tunnelier

des techniques appropriées

La technique de creusement au tunnelier a considérablement évolué au point qu'il n'y a plus de sous-sol impossible à creuser de cette façon. Les risques seraient en outre circonscrits à la voirie dès lors que le réseau viaire est respecté. Le tunnelier n'est en outre pas une solution nécessaire pour percer un métro. Il est possible de réaliser une tranchée couverte. Cette méthode consiste à creuser depuis la surface puis à recouvrir la tranchée afin de rendre l'espace public aux usagers. Par définition, cette solution préserve d'effondrements en surface. Par ailleurs, elle permet de concevoir des stations peu profondes rapidement accessibles depuis la surface, comme à Lyon, où la technique a été utilisée au centre-ville pour la réalisation de la ligne A.

... des stations peu profondes rapidement accessibles depuis la surface...

Si la solution de la tranchée couverte a de tels avantages, comment expliquer que de nombreuses villes recourent de préférence au tunnelier ? Contrairement au tunnelier, la réalisation d'une tranchée couverte suppose de lourds travaux de surface et gène la circulation, automobile notamment. La réalisation du métro de Lyon en tranchée couverte a ainsi donné lieu à la fermeture à la circulation automobile d'une artère jusqu'alors considérée comme extrêmement importante pour les automobilistes. L'encombrement de la voirie dû aux travaux est à relativiser puisqu'il serait analogue à ce qu'imposerait la réalisation d'un tramway. Cependant, tout l'espace public pourrait être rendu aux modes doux de déplacement alors que la mise en place d'un tramway crée des conflits d'usage, comme sur le cours de l'Intendance au centre de Bordeaux.

L'encombrement de la voirie dû aux travaux est à relativiser puisqu'il serait analogue à ce qu'imposerait la réalisation d'un tramway.

En conclusion, le métro sous Bordeaux est possible, qu'il soit réalisé grâce à un tunnelier ou grâce à une tranchée couverte.


Vidéo d'archive : www.dailymotion.com/embed/video/xfdycg


*http://docplayer.fr/48169558-Utilisation-des-lames-d-eau-radar-pour-l-analyse-de-l-evenement-orageux-du-02-08-2011-sur-la-communaute-urbaine-de-bordeaux.html



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