Questionnements déconfinés

Comme tout le monde nous avons été rattrapés et sidérés par la crise sanitaire. Depuis plusieurs années, individuellement puis collectivement, nous défendons l’idée d’un métro à Bordeaux. La perspective d’une catastrophe écologique nous invitait à y travailler avec plus d’ardeur. Et jusqu’en ce début d’année, la trajectoire bordelaise était favorable au métro.

Mais notre raisonnement n’a jamais inclus la survenance d’une crise comme celle que le monde traverse aujourd’hui. L’épidémie de covid-19 nous a donc conduits à nous interroger, à remettre en cause nos propres convictions. Nous sommes donc restés en retrait.

Puisque nos projections ne prenaient pas en compte le risque épidémique, nos solutions ne sont-elles pas dépassées ? Ou ne sont-elles pas, paradoxalement, plus justes aujourd’hui ? À supposer même que les transports en commun soient durablement et massivement boudés par la population, le métro n’est-il pas intéressant pour ceux qui continueraient d’emprunter les transports en commun et pour la collectivité ? L’automatisation du métro n’est-elle pas un atout en diminuant les contacts entre le personnel et les voyageurs ? La modularité du métro n’est-elle pas adaptée à la situation, plutôt que d’avoir à désinfecter et à exploiter quotidiennement 130 rames ? Le débit plus important du métro n’est-il pas une réponse à la promiscuité pour prévenir tout pic d’affluence ?

Mais les usagers se détourneront-ils massivement et durablement des transports en commun ? Bien que l’Asie soit régulièrement confrontée aux épidémies, l’utilisation des transports en commun n’y est-elle pas traditionnellement forte ? En Europe, la fréquentation des réseaux de transport en commun parisien, londonien, madrilène, bruxellois ne s’est-elle pas (rapidement) relevée des attentats ? Le déconfinement en Allemagne ne donne-t-il pas des signes plutôt rassurants pour les transports en commun ?

Mais le duo vélo/auto, dans cet ordre de préférence, révèlera-t-il tout son potentiel au point de rendre inutiles le développement et même l’exploitation de transports en commun ? Les nouvelles habitudes de travail ne rendront-elles pas les infrastructures existantes largement suffisantes ? La crise n’a-t-elle pas renforcé certaines aspirations de la population, incompatibles avec l’exploitation de transports en commun ? Notamment, la crise sanitaire n’est-elle pas un réquisitoire contre la densité et un plaidoyer pour le pavillon avec jardin ? Le Japon, qui a évité la crise sanitaire malgré sa densité, ne révèle-t-il pas plutôt l’incompatibilité entre la densité et nos habitudes ?

De toute façon, la crise économique à venir n’empêchera-t-elle pas les investissements dans de grands projets ? Ou, au contraire, la crise économique ne plaide-t-elle pas pour un « new deal » justement avec de grands projets préparant la société décarbonée de demain ?

Certaines perspectives nous réjouissent plus que d’autres. Certaines nous arrangent même. Ça n’en fait pas des réponses. Contrairement à ce qui a pu être présenté, nous ne cherchons pas à imposer le métro quitte à travestir certaines réalités. Le métro répondait parfaitement à ce qu’était la dynamique de Bordeaux il y a encore quelques semaines. Retrouverons-nous cette même situation en septembre ? Le métro sera-t-il adapté à la situation de demain ? À l’heure où la politique locale émerge à nouveau, à coup de certitudes, il nous semblait important de partager nos questionnements.

Nous espérons que cela alimentera vos réflexions, vos commentaires. Ce qui ne change pas, c’est notre volonté de participer à l’amélioration de la qualité de vie à Bordeaux. Est-ce que la situation actuelle écarte l’idée d’un métro ? Si oui, définitivement ? Pour quelques années, sinon semaines, seulement ? Nous comptons sur vous pour nous aider à répondre à ces questions.



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